Mémoire de peau

”La vieille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles ? ”

Paul Valéry

Artiste pluridisciplinaire, mon parcours prend racine dans le thème de la disparition, en explorant la trace, la mémoire et sa perception. Née à Téhéran en 1986, pendant la guerre Iran-Irak, la question de la trace et de la reconstruction sur des ruines, sur des absences, a profondément marqué mon imaginaire.

 

Au fil de mes recherches, la mémoire est devenue un axe central de mon travail : mémoire collective, mais aussi mémoire corporelle. Les souvenirs laissent des traces, visibles ou invisibles, en nous, sur notre peau, dans notre posture, dans notre manière de bouger ou de nous taire.

 

La texture de la peau, ses lignes, ses plis, ses creux, m’apparaît comme une forme d’écriture silencieuse, une cartographie intime de vies traversées. Chaque ride, chaque aspérité semble chargées d’un moment, d’un souvenir, d’une histoire. C’est dans cette perspective que j’ai menée des séances dans plusieurs EHPAD, au cours desquelles j’ai réalisé des moulages de fragments de corps de résidents.

 

Forte des expériences humaines et artistiques vécues dans ces établissements, je souhaite aujourd’hui vous proposer Mémoire de peau, un projet qui s’inscrit dans la continuité de ces recherches et me permettra d’en approfondir et développer les enjeux.

 

Il s’agira de poursuivre la collecte de moulages, mais aussi d’y intégrer une autre forme d’expression : une écriture textuelle et narrative. Je proposerai aux participants d’écrire, à la main, quelques phrases autour de ce que Mémoire de peau leur évoque.

L’écriture manuscrite, par ses particularités, porte en elle des éléments d’identité. Un mot tracé d’une main tremblante ou une phrase écrite d’un geste vif racontent autant que le contenu du texte lui-même.

 

Ces textes, courts récits, pensées, fragments, seront ensuite brodés, en conservant fidèlement l’écriture manuscrite, sur des tissus récupérés auprès des participants eux-mêmes : un morceau de chemise, une taie d’oreiller, un tissu familier.

 

Ce projet se veut un hommage sensible et vivant à ces mémoires personnelles, une manière de tisser des liens entre corps, histoire et présence. Il invite à revenir au corps et à la peau, considérés comme la source première et la base des lignes qui construisent la vie, là où se dessinent nos expériences, nos émotions et nos récits intimes. Par cette démarche, Mémoire de peau célèbre la richesse invisible de nos traces corporelles, véritables archives vivantes de notre existence.

 

Golnaz Payani