Une envolée au Brésil pour les patients de chirurgie

8 novembre 2013

En service de chirurgie de l’hôpital des Invalides, les patients restent alités plusieurs semaines avant de commencer leur rééducation. Ce temps d’inertie entraîne souvent en repli sur soi et une mélancolie, accentués par une relative solitude. Aussi Tournesol, Artistes à l’hôpital, en partenariat avec le pôle animation de l’hôpital et l’équipe soignante, a organisé une série de concerts au chevet de ces patients. En octobre, le guitariste brésilien Carlos Bernardo est venu leur rendre visite…

 

Un voyage musical en terre du Brésil

Musicien originaire de Rio de Janeiro, Carlos Bernardo propose à chacun des patients que nous rencontrons de les emmener sur sa terre natale à travers quelques morceaux emblématiques. Le Brésil étant pour ces personnes un pays lointain jamais visité, ils se laissent aller à leur curiosité, encouragés par le sourire constant et contagieux de l’artiste. Au fil des morceaux interprétés, ce-dernier prend soin de présenter l’origine et les caractéristiques des styles de musique auxquels ils appartiennent : le choro, musique populaire originaire de Rio de Janeiro et caractérisée par son rythme rapide et enjoué ; le forró, musique traditionnelle du nord-est du Brésil ; et bien sûr la bossa nova, emblème musical de Rio de Janeiro. C’est ainsi que Carlos Bernardo emporte son auditoire sur les thèmes d’Antonio Carlos Jobim, Jorge Ben, ou encore Pixinguinha, et amène dans les couloirs du service un vent d’exotisme.

 

Un ailleurs familier

Pourtant, les patients découvrent avec surprise et plaisir que ces morceaux issus d’un pays lointain et inconnu ne leur sont pas étrangers : devenus des « tubes » internationaux, ils sont aujourd’hui connus de tous. La curiosité première laisse progressivement place à la joie de reconnaître ces thèmes souvent rattachés à une ambiance festive et dansante. Certains patients, se remémorant instantanément les paroles, joignent leur voix à celle de Carlos Bernardo. Cet ailleurs devient d’autant plus familier que le musicien s’adonne à quelques traductions spontanées, permettant ainsi à son public de mieux comprendre le message des chansons. De cette manière, ce moment avec l’artiste dépasse la simple performance musicale pour devenir une véritable plongée dans l’ambiance brésilienne, si lointaine et si proche à la fois.

 

Un moment de partage au-delà des frontières

Rapidement, il devient évident que la musique ainsi jouée n’est qu’un prétexte : dans chaque chambre, un véritable échange se tisse entre Carlos Bernardo et le patient. D’abord sous la forme d’une reconnaissance largement exprimée : en retour de sa musique, les patients remercient l’artiste par des sourires, de nombreux compliments et quelques questions. Puis, des conversations s’engagent, amorçant un nouveau voyage. Nous avons en effet la surprise de rencontrer un homme d’origine indienne, un autre dont l’épouse alors présente est de nationalité polonaise, un autre encore passionné par la culture des favelas et amorçant finalement un échange sur la politique canadienne à l’égard des handicapés, et enfin un homme et son fils très fiers de leur culture égyptienne. A l’issue de ces concerts en chambre, nous avons presque le sentiment d’avoir fait le tour du monde, un voyage qui aura fait fis de toutes les frontières et de l’une d’entre elles en particulier : celle des murs de l’hôpital.

 

Delphine Maugars

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