Tournesol et le cirque contemporain : Du festival à la résidence de création

18 février 2014

Amener le cirque contemporain à l’hôpital, interroger sa capacité à s’adapter aux contraintes de cet environnement, et stimuler les publics hospitalisés par l’originalité et l’excellente des projets, tels sont les nouveaux défis que Tournesol, Artistes à l’Hôpital, s’est lancés en 2011. Aujourd’hui, l’association inaugure la 2e édition de ce programme artistique, avec la résidence de création de Jeanne Mordoj. Une aventure rigoureuse dont nous explicitons ici les enjeux…

 

Retour sur le 1er Festival de Cirque Contemporain à l’Hôpital

L’aventure circassienne de Tournesol, Artistes à l’hôpital, a débuté en 2010. La rencontre avec Charles Vairet, directeur de production spécialisé dans le cirque contemporain, fut un tournant pour la saison artistique de l’association. La collaboration avec ce fin connaisseur de compagnies éclectiques a permis à Tournesol, Artistes à l’Hôpital, de s’ouvrir à cette discipline riche et surprenante… Sous la forme d’un festival, tout d’abord, à l’automne 2011 : cinq semaines durant, quatre compagnies de renommée internationale (Ensemble L’Echelle, Cie O Ultimo Momento, Cridacompagny et Cie Caktus), se sont produites dans trois hôpitaux partenaires de l’association (le CH Théophile Roussel à Montesson, l’EPSM d’Anthony et l’hôpital Rothschild AP-HP), sous la forme de représentations (dont une Première), de rencontres et d’ateliers. Un succès, puisque plus de 350 spectateurs ont profité de cet itinéraire artistique.

Ce 1er Festival de Cirque Contemporain à l’Hôpital est le fruit d’une réflexion commune qui confère au projet une cohérence et une intention solides. Charles Vairet le définit en ces termes :

« Un projet de programmation de spectacles, avec sa propre cohérence artistique, afin de proposer au public constitué des patients et personnels des hôpitaux, des spectacles qu’ils auraient pu voir dans un autre cadre. Mais justement, c’est parce qu’ils ne peuvent se déplacer, que les spectacles viennent à eux »

Derrière ce discours point une véritable démarche à l’encontre des publics hospitalisés :

« Il s’agit de récréer, dans cet endroit qu’ils n’ont pas choisi, des conditions d’accueil les plus proches possibles de celles d’une salle de théâtre. (…) Les personnes hospitalisées ont beau être malades, elles restent des gens comme les autres. Les considérer comme tels est tout aussi valorisant pour eux que pour l’artiste »

 

Valoriser les publics: Un double enjeu artistique et technique

Du côté des compagnies, la participation au festival ne doit supposer aucune adaptation majeure, une exigence qui n’aurait pu être atteinte sans la réflexion et l’évaluation permanentes de Julie Marchetti [ancienne chargée de programmation de Tournesol, Artistes à l’Hôpital] et de Charles Vairet :

« Ma connaissance des artistes et des spectacles m’a permis de sélectionner ceux qui pouvaient participer au festival sans adapter leur proposition, ou en tout cas sans la dénaturer »

explique ce dernier.

L’équipe technique recherche quant à elle les conditions optimales en valorisant les qualités des espaces hospitaliers mis à disposition et en atténuant leurs défauts par une organisation matérielle de pointe. Grâce au soutien actif de Muriel Dornic, régisseuse, un partenariat a été noué avec le parc de la Villette, permettant l’usage d’équipements professionnels : projecteurs, tapis de danse, consoles sons, etc. Charles Vairet illustre ainsi la valeur artistique et éthique de cette organisation :

« Pour le spectacle de João Dos Santos [Cie O Ultimo Momento] à l’hôpital Théophile Roussel à Montesson, nous avions à disposition la salle du gymnase. On a recréé un espace de scène avec un tapis de danse et un mat chinois au milieu. C’était impossible de faire une boîte noire. Par contre on a essayé de valoriser toutes les qualités du lieu, et on a retiré tout ce qui pouvait gêner: matériels pour l’ergothérapie, affiches collées au mur, etc. Avec du gaffeur noir, on a marqué le passage pour aller aux gradins. Ainsi le jour du spectacle, on a accueilli le public de façon professionnelle » (voir photo)

 

 

Organiser la résidence de création de Jeanne Mordoj à l’hôpital Rothschild AP-HP

La même rigueur a été appliquée à la résidence de création de Jeanne Mordoj, organisée à l’hôpital Rothschild AP-HP du 3 au 9 février 2014. Toutes les matinées de la semaine, la « Salle Nation » de l’établissement, enrichie pour l’occasion d’un tapis de danse de 6×6 mètres et de projecteurs, a été réservée pour le travail de l’artiste. Des fils pour accrocher les dessins réalisés au fur et à mesure par Jeanne Mordoj ont également été ajoutés en arrière-plan de la scène. Les après-midi, des salles à manger de différents services ont été successivement investies. Enfin, la restitution finale du dimanche 9 février a nécessité l’installation d’un grand nombre de chaises, ainsi que l’usage de consoles pour le son et les lumières. L’organisation de cet événement complexe au sein de l’environnement hospitalier est le fruit d’un échange fécond entre Anne-Laure Yaguiyan [chargée de programmation à Tournesol, Artistes à l’Hôpital] et Charles Vairet, qui se sont mutuellement enrichis de leur expertise réciproque, au profit d’un accueil optimal des publics.

Avec la résidence de création de Jeanne Mordoj à l’hôpital Rothschild AP-HP, le « quatrième mur » s’affine pour valoriser la rencontre et l’échange entre l’artiste et ses spectateurs.

 

Delphine Maugars

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